La Vision du Voyant (tr. French, with returned English)
La Vision du Voyant (tr. French, with returned English)
La Vision du Voyant
Nous qui sommes les chercheurs de visions ;
Irons jusqu’au bout, encens d’Alger ;
Nous asseoir sous quelque cuve de parole végétale
Pour entendre l’énonciation du Logos
Qui boit à la vigne
Ou à ces seuils de bois.
Nous qui nous sommes tenus devant les palmiers en communion
Ou qui avons parlé aux montagnes dans les Alpes,
Envoûtés, dans des stupeurs peignées par la drogue.
La parole se grava comme un esprit de jeune fille
Derrière les paupières endormies
Gardant une trace de l’aube bleue.
C’est étreindre le serpent-cheval
Qui respire et inaugure une opération
Plus profonde et plus mystérieuse que le sang.
J’ai vu les empreintes des pattes du corbeau
Sur le cercueil du cachot. De petites mains
Qui avaient marqué la pierre humide.
L’immense hôtel d’or
Sur l’île
Dont nous gravissions l’escalier
Comme des soldats sans armée
Dans le rire.
La jeune fille sans bras
Qui criait
Sous les rayons de lune
À Troix.
Telles furent les visions que je trouvai
Griffonnées dans mon carnet
Des aurores passées, que je parcours
Avec l’efficacité d’un gerris.
Des décennies ondulèrent sur mes joues ;
J’atteignis l’avant du diamant de la terre
Pour produire et découvrir la chose intemporelle
Que j’y modelais avec des mots.
Telles sont nos impulsions :
Façonner l’élixir de vie à partir de la pierre muette de la nature.
Morte ? Non, mais murmurante ;
Sans secrets que nul ne puisse livrer
Sinon le poète et le voyant.
Telle est l’essence de notre dérangement ;
Lorsqu’enfin aucun taureau ne travaille en notre faveur —
Et que le matador de l’été fait tomber le rideau sur l’infini
Qui ressemble à un soleil rouge se brisant
Devant une lune rouge.
Voici notre danse du miroir. Vous,
Engourdis,
Fixés sur votre quête de sécurité contre ces horreurs.
Que l’horloge de la vie batte dans vos bras,
Que le visage bleu et pourpre vous fasse fuir
Au loin.
J’ai mangé la Mort comme à la cuillère
Et de ma bouche est née
L’aile de la libellule.
Cet élixir de totalité soigneusement observée.
Il est de la même couleur que le ciel qui a explosé
Et brûlé la béance
Dans des distances que seule l’âme connaît et peut atteindre.
Corps, attaché à cette terre
Où la peau de cuir des anciennes bêtes rampe
Et aspire le suc des insectes à bois.
Ce suc, je l’étale sur mon visage
Partout où je vais — et l’on me dit qu’il me rend fou
Par le juriste, par le médecin, et par vous
Cher lecteur.
Le masque que je porte est celui du prêtre-insecte,
Ou du prêtre-léopard, s’il vous effraie davantage.
Celui qui parle avec les montagnes,
Ou qui est moucheté de terreurs rieuses.
Ma seule guerre fut le pillage de la mine diamantifère des mots ;
J’ai étincelé des mailles d’une chaîne
De mille morts comprimées
Avec lesquelles j’ai été enseveli comme de royaux joyaux
Et dont je me suis relevé,
Fou des antiques massacres.
Poussé jusqu’à cette fenêtre, animal,
Regarde au-dehors,
Les yeux imprimés dans le museau.
Vois les morts forniquer avec leur maîtresse :
La croûte de la terre
Dans son éternelle séduction.
Que savent les vivants
Sinon la terreur muette
Qui frappe chaque instant d’éveil
Et demeure la source et le lieu
De la trahison de l’âme ?
J’ai regardé des empires s’effondrer
À cause de ceci :
La pitoyable absence de vision.
Vous prenez ce qui se tient devant vous
Et vous n’entendez pas le murmure du dragon,
La chose rouge et féroce qui est la flèche du temps,
Qui rugit dans l’âme bleue
De l’abeille,
De la fleur sauvage ;
Le feu chatouillant du lapin
Lorsqu’il broute de simples brins d’herbe.
Cette vie est sauvage, assurément.
Et je puis vous montrer des visions,
L’ombre faite de pierre qui demeure
Sur la croûte du feu.
Vous êtes à l’intérieur de son ventre,
Le griffant
Tout en remarquant distraitement la chaleur.
Le terrier de l’agneau
Où l’on vous assure que le seul art est celui-ci :
Les révélations.
Nous marchons enfin
Sur des sables désertiques qui n’offrent aucun appui.
Portant notre peau loin de la brûlure.
Avez-vous déjà entendu parler
D’une telle inondation dans le désert ?
Qui vient chargée,
Rugissante,
Des rêves.
The Vision of the Seer
We who are seekers of visions;
Will go to the very end, incense of Algiers;
To sit beneath some vat of vegetal speech
To hear the utterance of the Logos
Who drinks from the vine
Or from these wooden thresholds.
We who stood before palms in communion
Or who spoke to mountains in the Alps,
Enchanted, in stupors combed by drugs.
The word engraved itself like the spirit of a young girl
Behind sleeping eyelids
Keeping a trace of the blue dawn.
It is to embrace the horse-serpent
Who breathes and inaugurates an operation
More profound and more mysterious than blood.
I saw the footprints of the crow
Upon the coffin of the dungeon.
Little hands
Had marked the damp stone.
The immense golden hotel
Upon the island
Whose staircase we climbed
Like soldiers without an army
In laughter.
The armless girl
Who cried out
Beneath moonbeams
In Troix.
Such were the visions I found
Scrawled in my notebook
Of dawns gone by, which I traverse
With the efficiency of a water strider.
Decades rippled across my cheeks;
I reached the forefront of the earth’s diamond
To produce and discover the timeless thing
Which I molded there with words.
Such are our impulses:
To fashion the elixir of life from the mute stone of nature.
Dead? No, but whispering;
Bearing secrets none can deliver
Except the poet and the seer.
Such is the essence of our derangement;
When at last no bull works in our favor—
And the matador of summer drops the curtain upon infinity
Which resembles a red sun breaking apart
Before a red moon.
This is our dance of mirrors. You,
Numbed,
Fixed upon your pursuit of safety against these horrors.
That the clock of life beats within your arms,
That the blue and purple face makes you flee
Far away.
I have eaten Death with a spoon
And from my mouth was born
The wing of the dragonfly.
This elixir of carefully observed totality.
It is the same color as the sky which exploded
And burned the gaping wound
In distances only the soul knows and can reach.
Body, bound to this earth
Where the leather skin of ancient beasts crawls
And sucks the sap from wood-insects.
This sap I smear across my face
Wherever I go—and I am told it makes me mad
By the lawyer, by the physician, and by you,
Dear reader.
The mask I wear is that of the insect-priest,
Or of the leopard-priest, if it frightens you more.
He who speaks with mountains,
Or who is speckled with laughing terrors.
My only war was the plundering of the diamond mine of words;
I glittered with the links of a chain
Of a thousand compressed deaths
With which I was buried like royal jewels
And from which I rose,
Mad from ancient massacres.
Driven to this window, animal,
Look outside,
Your eyes pressed into your snout.
See the dead copulating with their mistress:
The crust of the earth
In her eternal seduction.
What do the living know
Except the mute terror
Which strikes every waking moment
And remains the source and place
Of the betrayal of the soul?
I have watched empires collapse
Because of this:
The pitiful absence of vision.
You take what stands before you
And do not hear the murmur of the dragon,
The red and ferocious thing which is the arrow of time,
Which roars within the blue soul
Of the bee,
Of the wildflower;
The tickling fire of the rabbit
As it grazes upon simple blades of grass.
This life is wild, surely.
And I can show you visions,
The shadow made of stone which remains
Upon the crust of fire.
You are inside its belly,
Scratching it
While idly remarking upon the heat.
The lamb’s burrow
Where one assures you that the only art is this:
Revelations.
We walk at last
Upon desert sands that offer no footing.
Carrying our skin away from the burning.
Have you ever heard
Of such a flood in the desert?
Which comes laden,
Roaring,
From dreams.